L’unification synarchique de l’Europe

La synarchie selon Saint-Yves d’Alveydre ne doit pas se limiter au cadre national ; dans sa Mission des Souverains, cet auteur propose un schéma synarchique similaire pour unifier l’Europe[1], en attendant l’unification du monde qu’il évoque dans sa Mission de l’Inde.

Les trois organes de la synarchie européenne auraient pour nom le Conseil européen des Églises, le Conseil européen des États et le Conseil européen des Communes.

Les institutions synarchiques européennes

Pour reconstituer l’Autorité sociale au niveau européen, tous les cultes et toutes les universités d’Europe représenteront le premier pouvoir social du continent, que Saint-Yves appelle le Conseil européen des Églises, le mot Église étant pris ici non dans son sens clérical, mais dans son sens large, celui d’une assemblée enseignante. Les intérêts scientifiques, intellectuels et spirituels y seront représentés par tous les corps enseignants de chaque pays, universités, académies, instituts, écoles spéciales, arts, sciences, et par tous les cultes, franc-maçonnerie comprise. En faisant statuer ensemble francs-maçons, rabbins, évêques et professeurs des universités, Saint-Yves ne prétend pas redonner les anciens Amphictyons grecs. L’objectif, déjà ambitieux, vise à instaurer le secours mutuel des sacerdoces et des corps savants, leur interpénétration et non leur confusion, l’animation réciproque des enseignements laïques et religieux.

Le second pouvoir, le Conseil européen des États, jouera un rôle politique dans le sens juridique du mot. Chaque capitale nommera des conseillers élus par les corps juridiques nationaux. Le Conseil comptera parmi ses membres les ministres de la justice, de l’intérieur et des affaires étrangères de chaque pays. Ses décisions toucheront les questions de droit public, de justice internationale, de diplomatie, de frontières et de droit maritime. Il rédigera la constitution européenne, qui prendra force de loi après avoir été approuvée par le Conseil des Communes et par le Conseil des Églises. Les pays d’Europe pourront alors commencer à désarmer, à mesure qu’une force armée européenne remplacera les armées nationales.

Le troisième pouvoir social, constitué par le Conseil européen des Communes, statuera sur les intérêts économiques sous les cinq chefs : finances, industrie, agriculture, commerce et main-d’œuvre. Il associera les capitales européennes en tant que centres de vie civile et économique, jouant le rôle de synthèse des intérêts nationaux. Les conseillers seront nommés dans chaque capitale par une assemblée de financiers, d’industriels, d’agriculteurs, de négociants, de syndicats ouvriers, de chambres de commerce et d’associations corporatives. Le Conseil se réunira à chaque session dans une capitale différente, pour traiter des rapports internationaux dans les questions de monnaie, de banque, de commerce, d’industrie, d’agriculture, de main-d’œuvre, de transports, de communications et de postes.

Le Congrès constitutif de l’unification

À la fin de sa Mission des Juifs, Saint-Yves d’Alveydre relance l’idée de constituer la Synarchie européenne[2]. La paix, selon lui, ne pourra être l’œuvre ni des diplomates, ni des hommes de guerre des grandes puissances belligérantes, mais d’un Congrès réunissant des représentants de tous les pays sans exception. Les hommes ayant qualité pour y siéger seront les délégués des trois pouvoirs sociaux de chaque nation : l’autorité enseignante, la justice et l’économie.

Ce Congrès européen se divisera en trois commissions correspondant aux trois pouvoirs sociaux. Il choisira pour lieu de ses délibérations la capitale d’une petite puissance aussi centrale que possible. Il serait désirable, suggère Saint-Yves, qu’il s’ouvre solennellement dans une cathédrale, pendant que les cloches de toutes les église d’Europe sonneraient en même temps pour annoncer l’ouverture des travaux et appeler tous les peuples à la même glorification. Chaque soir des jours de réunion, les délibérations seront transmises in-extenso par le moyen de l’époque, le télégraphe, pour être publiées dans tous les pays. Toute question litigieuse telle que la reconstitution de la Pologne, l’Alsace-Lorraine, etc., sera remise à la décision de cette assemblée plénière de toutes les nationalités européennes sans aucune exception, chacune ayant à égalité trois voix, une par conseil. Puis le droit public européen sera constitué comme gouvernement général se subordonnant l’exécutif de la force, avec trois pouvoirs sociaux permanents, et une sanction armée des petites puissances payées à cet effet par l’Europe entière.

Drapeau de la Synarchie

Le désarmement des grandes puissances pourra alors commencer, jusqu’à ce que le minimum nécessaire seul soit maintenu. Les souverains européens, suite à la réalisation méthodique de la synarchie dans chacun des pays, deviendront des rois de Justice soumis à l’Autorité des corps enseignants ; ils exerceront la plus haute magistrature des corps juridiques, veillant en bons pasteurs de peuples sur les libertés et sur la paix de toutes les nations de l’Europe, mais aussi de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique. Toute ambition serait mise dans la voie droite par l’Autorité enseignante par le régime du tout à l’examen.

Une occasion manquée ?

À l’époque de Saint Yves d’Alveydre, il n’existait en Europe qu’un ordre purement politique et diplomatico-militaire ; il en résultait la guerre à l’état endémique, même pendant la paix, et la ruine économique du continent. Si la grandiose vision de Saint Yves avait pu se réaliser, la Synarchie européenne aurait épargné à l’Europe et au monde les calamités du XXe siècle : deux guerres mondiales et les régimes fascistes, nazi et soviétiques.

Drapeau de l’Union Européenne

Il est bien tard à présent pour – enfin ! – unifier l’Europe. Il a fallu, pour que l’on commence à mettre en œuvre ce projet, que les puissance européennes se soient chacune épuisées et exténuées dans des guerres meurtrières, de sorte qu’aucune d’entre elles ne soit plus en mesure d’imposer sa domination par la force.

Le continent, qui ne s’est pas encore remis des ravages de la peste brune et de la peste rouge du XXe siècle, souffre à présent d’un manque de foi et d’un déficit de valeurs spirituelles. Néanmoins, mieux vaut tard que jamais, et mieux valent les institutions actuelles, toutes imparfaites et insuffisantes qu’elles soient, que l’absence de tout embryon institutionnel.

Il faut garder l’espoir que l’instauration du modèle d’organisation synarchique vienne un jour insuffler une vie nouvelle à ce continent en marche vers son unité, mais à qui il manque le souffle et la vision.

Il ne serait pas immérité qu’un jour, l’une des coupures de la monnaie unique européenne soit émise à l’effigie de Saint-Yves d’Alveydre !


[1] Mission des Souverains, Dualpha, Paris, 2010, chapitre 12.

[2] Mission des Juifs, Ed. Traditionnelles, Paris, 1977, p. 681-683.

Rectificatif : l’Europe unie sans la Russie

Les récents évènements, dominés par l’agression de la Russie contre l’Ukraine, obligent à revoir à la baisse la perspective d’une Europe unie incluant la Russie.


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Pascal Bancourt - Écrivain