Les apparitions mariales


Il importe de respecter l’entière liberté de chacun de croire aux apparitions de la Vierge Marie. Le phénomène comporte néanmoins des aspects obscurs, propres à susciter le scepticisme y compris chez des croyants convaincus.

Les récits de ces visions, souvent écrits des années après les faits allégués, s’avèrent parfois discordants. Ils n’apportent, pour la plupart, aucune réponse de fond aux questions que pose la foi. Les messages de la Madone rapportés par les voyant(e)s sont en général d’une plate banalité ; ils se réduisent à des rappels à la prière, à la repentance et à la pénitence. On y trouve parfois des prédictions et des menaces apocalyptiques en punition du péché des hommes. Les « secrets » de La Salette parlent de grands malheurs qui frapperont la France et le monde, avant la conversion de tous les pays. Le Pape Pie IX, dit-on, n’aurait vu dans ces propos qu’un « ramassis de sottises ». Le curé d’Ars, pour qui une apparition n’était pas un dogme, répondit à ce sujet à l’abbé Raymond : « Cette apparition de La Salette n’est rien, n’en parlons pas. »

Les phénomènes de cet ordre paraissent relever davantage du psychisme que du spirituel. Ils ont pour origine soit un mensonge monté de toutes pièces, soit une hallucination couplée à l’autosuggestion. Pour ne rien simplifier, il est fréquent que les deux causes s’entremêlent.

La profusion du phénomène

Parmi les apparitions mariales les plus connues figurent celles de Guadalupe en Espagne et son équivalent au Mexique, celles de La Salette, de Lourdes et de Fatima ; mais il a existé une profusion de phénomènes de cet ordre, auxquelles la postérité a réservé des fortunes inégales ; beaucoup d’entre elles sont tombées dans l’oubli.

Le livre de Marc Hallet, Les apparitions de la Vierge et la critique historique, en recense un certain nombre, tout en s’appliquant, pour chacune d’elles, à démonter de façon convaincante la supercherie. Les développement qui vont suivre empruntent pour beaucoup à cet ouvrage.

Dans la quasi-totalité des cas, la réaction des autorité ecclésiastiques vis-à-vis des apparitions s’en tient, initialement du moins, à un scepticisme affirmé, sinon à une ferme condamnation. En présence des manifestations alléguées à Medjugorje en Bosnie-Herzégovine, l’Église locale a réagi en exprimant « ses plus extrêmes réserves ». Si l’Église devait cautionner chacune des prétendues apparitions, il n’est pas un endroit au monde qui ne déborderait de délires visionnaires.

Les mensonges et mystifications

Plus un individu est frustre et d’une intelligence réduite, plus il peut mentir avec aplomb et constance, car il ne perçoit pas les invraisemblances et les contradictions de son récit. C’est ainsi que les enfants « témoins » des apparitions affabulent avec une assurance déconcertante parce qu’à leur âge, ils se soucient peu de la vérité ; ils la discernent d’autant moins que leur instruction est faible ou inexistante. La réalité se confond plus ou moins avec leur imagination. De surcroit, ils sont suggestibles, et d’autant plus réceptifs à leur entourage que la menace d’un châtiment ou la promesse d’une récompense sanctionnera leur acceptation. Ils peuvent mentir par vanité et par malice, pour jouer un rôle qui fera d’eux des vedettes. C’est ce qui arrive quand des adultes réagissent en les mettant sur un piédestal ; ces êtres immatures s’enfoncent alors dans une spirale d’affabulations, alimentées parfois par des suggestions opérées sur eux par des adultes intéressés à entretenir le mensonge.

Il arrive parfois qu’une mystification, qui avait pour origine une plaisanterie ou la volonté d’abuser autrui, réussit si bien que la tentation est forte de la poursuivre. Son auteur se trouve vite prisonnier de son propre de jeu ; enfermé dans un processus de mensonge, il réagit comme un comédien qui préfère persister à mentir plutôt que d’avouer sa malhonnêteté.

On a pu détecter, dans certains cas d’apparitions, des manipulations à but politique ou commercial. À Ezkioga, en Espagne, quelques témoins, profitant d’une situation trouble, ont menti « de bonne foi » pour faire passer leurs idées politiques.

Le sanctuaire de Medjugorje

À Medjugorje, en Bosnie-Herzégovine, la mystification fut soutenue par les franciscains, en conflit avec la hiérarchie ecclésiastique qui leur ordonnait de quitter les lieux ; or la Vierge condamna cette décision et souhaita que les franciscains restent sur place ! Les apparitions de Medjugorje devinrent également une aubaine financière à la fois pour les franciscains, pour des auteurs et des éditeurs, et pour beaucoup d’habitants du village qui profitèrent de l’aubaine. Une campagne médiatique attira sur place des cars de pèlerins venus de tous pays du monde.

En 1872, des fillettes de Neubois en Alsace affirmèrent que la Vierge leur était apparue. Le curé du village les crut, et les enfants, voyant l’intérêt qu’on prenait à leurs récits, s’enhardirent à broder sur la supercherie. Les pèlerins commencèrent à affluer. Beaucoup de monde trouva intérêt à ce que Neubois devint un nouveau Lourdes, et les faiseurs de brochures, en flattant cet espoir, excitèrent tant la vanité des soi-disant voyantes que la cupidité générale. Cependant, la plaisanterie tourna court quand le curé du village fut remplacé, en 1876, par l’abbé Adam. Le nouveau prêtre, beaucoup moins crédule que son prédécesseur, obtint très vite les rétractations écrites de plusieurs des principales visionnaires, et le dévoilement de leurs mensonges compromit à leur tour celles qui ne s’étaient pas encore rétractées.

Les visionnaires sincères

Cependant, la plupart de ces visionnaires sont de bonne foi, ce qui les rend d’autant plus convaincants. Ce sont en général des personnes sans grande maturité, très facilement impressionnables, qu’en temps ordinaire on tendrait à taxer de cerveaux faibles et dérangés. La plupart sont des enfants, ou des adolescents ayant encore une psychologie enfantine. Dans les différents cas de visionnaires, on trouve des êtres à l’imagination agitée, avec une propension inconsciente à la fabulation, qui prennent leurs rêveries pour la réalité. Leur fantasme devient pour eux une vérité bien plus valorisante que leur banale existence ordinaire.

Un catholique, le professeur Lhermitte, de l’Académie de médecine de Paris, a conclu, au sujet des apparitions de 1932 à Beauraing, en Belgique, qu’elles s’intégraient dans la série des manifestations où l’on voit des enfants aux prises avec des illusions et des hallucinations sensorielles, auxquelles viennent se surajouter des interprétations, des déformations de la vérité sous l’influence d’une pression familiale et sociale[1].

On ne peut écarter la possibilité qu’un phénomène naturel inaccoutumé et mal identifié, comme un reflet lumineux ou la formation d’un nuage dans la vallée, puisse favoriser une apparition hallucinatoire sous l’effet de la paréidolie, la faculté de distinguer par l’imagination des formes précises dans une apparence visuelle qui ne relève que du hasard. Une certaine exaltation, empreinte de mysticité devant l’inconnu, contribue à magnifier la supposée vision.


Les apparitions de La Salette en 1846 eurent pour « témoins » une hystérique mythomane de 15 ans, Mélanie Calvat, et un espiègle de 12 ans avide de renommée, Maximin Giraud. Le curé de La Salette crut ces enfants qui lui dirent avoir vu la Sainte Vierge ; il annonça la nouvelle en chaire, ce qui aida à propulser le mythe. Les récits des apparition de La Salette comportent pourtant un grand nombre de contradictions. La commission d’enquête a même relevé qu’une fois au moins, Maximin avait amplifié le message de la Vierge à partir de la suggestion d’un adulte. Le cardinal De Bonald stigmatisa l’enquête, fondée sur des témoignages partiaux, que mena à sens unique un prêtre qui voulait y croire. Il écrivit à l’évêque du diocèse, de Bruillard, pour le mettre en garde, mais ce dernier avait commencé à acquérir de vastes terres englobant le lieu de l’apparition, et il annonça très vite la pose de la première pierre du sanctuaire de Notre-Dame de La Salette.

Bernadette Soubirous

Bernadette Soubirous, dans son enfance, vécut avec ses parents ruinés dans un misérable cachot humide de Lourdes, où sa santé fragile ne pouvait s’améliorer. Cette jeune illettrée présentait des troubles mentaux, qui suffisent à expliquer les apparitions à caractère hallucinatoire qu’elle eut dans la grotte de Massabielle. À cette époque où le surnaturel et la superstition faisaient partie intégrante de la vie des humbles gens, le bruit de l’apparition se répandit à Lourdes. Le curé Peyramale était convaincu que Bernadette ne mentait pas,  mais qu’elle était le jouet d’une illusion. Il sermonna l’enfant, lui dit qu’elle avait perdu la tête, en vain ; Bernadette était certaine que la dame lui apparaitrait de nouveau. L’ambiance qui régnait désormais autour d’elle était telle que l’autosuggestion s’était ancrée en elle.

La légende de la découverte miraculeuse de la source à Lourdes, bien que démentie par les enquêtes, continua à circuler parce qu’elle fut colportée par des auteurs peu soucieux de vérifier les faits. La première guérison miraculeuse obtenue par l’eau de la source fut rapportée par des témoins peu fiables, auxquels le curé Peyramale n’accorda aucun crédit. La source n’en reçut pas moins une affluence de malades et d’éclopés. Bernadette elle-même ne croyait pas aux miracles ; à un touriste anglais qui l’interrogea à leur sujet, elle répondit sans ambages qu’il n’y avait rien de vrai à tout cela.

De gauche à droite : Jacinta, Lucia et Francisco

À Fatima, les événements qui se produisirent en 1917 eurent pour principaux protagonistes trois enfants : Lucia dos Santos (10 ans) et ses cousins, Francesco Marto (9 ans) et Jacinta Marto (7 ans). Le 13 mai 1917 marqua le début des prétendues apparitions de la Vierge. Les témoignages de ces enfants furent loin d’être concordants ; les contradictions apparurent dès les premiers interrogatoires. Le curé du village, l’abbé Marquès Ferreira, ne crut jamais à ces apparitions, qu’il disait n’être que des illusions. Néanmoins, le rendez-vous avec la dame le 13 de chaque mois devint une habitude, tandis que des personnes pieuses accompagnaient les enfants en nombre croissant.

Bien que Lucia, qui fut à la base de ces visions, ait pu être qualifiée de mythomane, elle fait exception au cas général car il serait faux de voir en elle une demeurée. Elle était très ignorante étant jeune, mais non moins intelligente. Après avoir appris à lire et à écrire étant adulte, elle dévora des quantités de livres religieux. À 75 ans, elle fut au Portugal une des premières personnes à utiliser un ordinateur, dont elle apprit à se servir sans difficulté. Prosper Alfaric, ayant jugé l’enfant qu’elle était en 1917, trouva chez elle l’état d’âme des gens repliés sur eux-mêmes, qui se font un monde à eux et le tiennent pour réel. Dans des hameaux isolés, où les enfants gardent les troupeaux toute la journée dans des landes désertes, les jeunes imaginations travaillent et se nourrissent d’illusions, qui finissent par prendre plus de relief que la réalité. Lucia apparaît comme un spécimen de mythomane mystique, dupe de ses inventions, dont la contagion s’exerça sur ses cousins Francesco et Jacinta ; tous deux subirent tant son influence qu’ils devinrent hallucinés[2].

Les pseudo voyants ne font souvent que calquer sur leurs visions des images dont ils étaient déjà imprégnés. Il suffit de lire le récit de Catherine Labouré, sur les apparitions qu’elle eut de la Vierge Marie rue du Bac à Paris, pour y voir le produit de l’autosuggestion d’une fille inculte sous l’effet de réminiscences d’images mémorisées. La position qu’avait la Vierge, selon les dires de Catherine, était identique à celle représentée sur un tableau dans la chapelle qu’elle fréquentait. Bernadette Soubirous entendit la Vierge lui dire en patois lourdais « Je suis l’Immaculée Conception ». Après la promulgation par Pie IX, en 1855, du dogme de l’Immaculée Conception, de nombreuses images pieuses de Marie portaient cette expression, de sorte que Bernadette, qui n’en comprenait pas la signification, l’associa inconsciemment à la Vierge.

Les contagions collectives

À diverses reprises, des phénomènes d’hallucinations collectives par contagion se sont produits suivant un même scénario ; un gamin ou une gamine croit voir la Vierge dans un endroit isolé. La curiosité provoque un attroupement sur place. La conviction gagne les esprits, et une foule de plus en plus importante afflue. À mesure qu’elle augmente, elle s’autosuggestionne, et en dépit des avis négatifs émis par l’épiscopat, l’exaltation, fondée sur la naïveté et l’enthousiasme, engendre une épidémies d’hallucinations. D’autres enfants et de nombreux adultes des deux sexes croient à leur tour avoir vu la Vierge. Dès que Bernadette eut ses premières apparitions, d’autres visionnaires parurent et des visions, dites « parallèles » furent signalées à la grotte de Massabielle. Les voyants se multiplient, tant sur les lieux de l’apparition que dans des villages alentours, où on signale des extases et des convulsions. Chacun de ces visionnaires attire vers lui ses dévots, et des attroupements ou des processions se forment un peu partout. Les rumeurs les plus folles encouragent des idées délirantes. À Ezquioga, les visionnaires ne tardèrent pas à prophétiser, les uns annonçant la destruction de Paris par le feu, d’autres celle de Marseille, d’autres encore celles de Barcelone et de Saint Sébastien qui seraient englouties.

La foule à Fatima au moment du miracle solaire.

Parmi les prodiges qu’on a rapportés, en sus des guérisons miraculeuses, figurent des phénomènes célestes. Le 13 octobre 1917 à Fatima, beaucoup de témoins parmi la foule, ayant fixé le soleil, assurèrent qu’il effectua plusieurs bonds en tournoyant et en changeant de couleur, qu’il fonça vers la terre et regagna sa place. Il n’y eut aucune concordance ni cohérence dans ces témoignages ; la course du soleil en plein ciel fut décrite de façons très diverses. D’autres personnes, en revanche, ne virent rien, sans doute parce qu’elles prirent la précaution de ne pas fixer trop intensément le soleil.

Le « miracle solaire » de Fatima ne fut que le plus célèbre d’une série de psychoses collectives du même ordre. Les apparitions pullulèrent, en dépit de l’hostilité d’une grande partie du clergé portugais, que le pseudo prodige solaire ne convainquit nullement. En des endroits divers, les uns virent le soleil danser, tournoyer et changer plusieurs fois de couleur, d’autres aperçurent en plein jour des étoiles traçant des courbes dans le ciel. En 1933, à Onkerzeele en Flandres, alors que la foule regardait le soleil à peine voilé par des nuages, on crut voir voler devant l’astre un disque tantôt vert tantôt pourpre.

À Lourdes, l’agitation devint telle que la police dut fermer la grotte. Les visionnaires-comédiens s’éloignèrent, tandis que les croyants se calmèrent peu à peu et se tournèrent à nouveau vers Bernadette. Par la suite, le préfet dut ordonner de rouvrir la grotte, des directives étant venues du gouvernement à la suite de pressions exercées par des gens influents.

Au Pays basque agité en 1931 par des événements politiques, un vif sentiment irréligieux se développa ; le gouvernement fit enlever les crucifix dans les lieux publics. En réaction, toutes sortes de d’apparitions furent signalées ici et là. À Ezkioga, l’enthousiasme et l’emportement mystique entrainèrent des manifestations singulières : les uns mimaient la flagellation tandis que d’autres, étendus au sol ou sur une estrade, paraissaient se faire crucifier. L’évêque mit un frein aux exaltations en multipliant les condamnations, mais comme plusieurs visionnaires s’entêtaient, il transmit le dossier de l’affaire à Rome au Saint-Office, qui déclara les apparitions « totalement dépourvues de caractère surnaturel ». Ce jugement, aussitôt publié sur ordre de Pie XI, entraina la déconfiture des derniers visionnaires d’Ezkioga et de leurs partisans.

L’accréditation officielle des apparitions

Souvent, la reconnaissance officielle d’une apparition mariale par l’Église s’éclaire dans son contexte historique et politique. À Guadalupe, en Espagne, il s’agissait pour le clergé local de marquer le coup pour contrer la foi musulmane. Au Mexique, un Indien eut la vision d’une dame dont il crut entendre qu’elle se nommait Notre-Dame de Guadalupe, un nom qu’il avait sans doute entendu prononcer à propos du célèbre sanctuaire espagnol. Son récit s’avéra utile pour évangéliser les Indiens, qu’il fallait convaincre de renoncer à leurs divinités ; l’image de la Vierge apparaissait identique à l’une des déesses qu’ils avaient adorées.

Au Portugal, un putsch militaire imposa en 1926 la dictature de Salazar. Alors que le cardinal de Lisbonne, Mendes Belo, ne crut jamais aux apparitions de Fatima, à sa mort, on nomma à sa place Cerejeira, un ami personnel de Salazar. Peu après, l’évêque local, da Silva, reconnut la légitimité des apparitions et du culte qu’il avait lui-même mis en place, et que Salazar ne cessa de favoriser pour des raisons politiques. Dans les années 30, la crainte du péril communiste motiva les évêques à organiser des pèlerinages à la Vierge pour préserver le pays d’un tel fléau.

Le sanctuaire de Lourdes

Dans la plupart des cas, l’Église, après avoir désavoué l’emballement suscité par les apparitions, finit par récupérer le mouvement tout en le canalisant. De surcroit, bien des pressions, pour l’essentiel d’ordre financier, s’exercent dans ces affaires, les pèlerinages représentant une véritable manne pour une région. Les autorités ecclésiastiques consacrèrent les sanctuaires de La Salette, de Lourdes et de Fatima. Elles n’eurent qu’à s’en féliciter, car la réunion de foules animées d’une telles conviction produit un effet multiplicateur chez les participants, qui reviennent de leur pèlerinage plus convaincus que jamais. En 2019, le pape François, bien qu’il n’ait pas reconnu les apparitions de Međugorje, autorisa les pèlerinages officiels sur le site.

Pour éviter que les voyants à l’origine des visions ne dévient au détriment de leur image, on s’efforça de les cloitrer. Mélanie et Maximin furent placés dans un couvent où on tenta de leur donner un peu d’instruction, mais ce fut un échec. En 1866, Bernadette entra au couvent à Nevers sous le nom de Sœur Marie-Bernard, où elle resta jusqu’à sa mort en 1879. L’évêque Da Silva envoya Lucia, seule survivante des trois visionnaires de Fatima, étudier chez les Sœurs à Vilar, un faubourg de Porto ; on fit ensuite d’elle une religieuse. Sitôt que l’évêque l’eut éloignée, il acquit à Fatima une vaste superficie de terrain sur lequel on bâtit une chapelle et un hôpital, songeant sans doute à l’accueil des pèlerins malades.

Importance de la Vierge Marie

Le succès que rencontrèrent les apparitions mariales, tout discutable que soit leur réalité, ne soulève pas moins une interrogation. Pourquoi est-ce la Vierge Marie qui se manifeste plutôt que le Christ Jésus, ou un archange, ou même un saint ou un apôtre ?

La réponse fait appel au « féminin sacré », dont la résurgence est une tendance propre à ces derniers temps, que ce soit chez les chrétiens ou chez les néopaïens. Elle répond à un besoin, celui de raviver, dans le contexte actuel, la croyance en la « Déesse », le principe divin féminin que presque toutes les traditions spirituelles du monde ont perçu et vénéré. La notion ne concerne pas seulement l’aspect féminin de la Divinité, mais la composante spirituelle de l’âme humaine, que personnifie également la Vierge Marie. Cette dimension méconnue de l’être intérieur ne demande qu’à s’exprimer en tant que source d’énergie et d’inspiration.

Dans le cas des apparitions mariales, les psychanalystes jungiens parleraient d’un archétype présent dans l’inconscient collectif, ce qui renvoie à un phénomène d’ordre psychique plutôt que spirituel.

Le féminin sacré est présent dans le christianisme depuis son origine, mais le contexte historique et politique a fait que les hiérarchies ecclésiastiques, peu préoccupées de diffuser son enseignement, ont limité sa perception à la dévotion à la Vierge Marie. La composante sentimentale de la croyance se polarisa ainsi sur cette figure, dont l’aspect bienveillant et protecteur apparait plus manifeste que celle de Dieu le Père, ou même que celle du Christ.

Pour peu que, de surcroit, des visionnaires se voient comme faisant l’objet des faveurs que la Madone accorde à ses élus, on devine la force qui pourra animer leur conviction.


[1] Jean Lhermitte, Le problème des miracles, Paris, Gallimard, 1956, p. 178.

[2] Prosper Alfaric, Fatima – Comment se crée un lieu saint, Paris, Cercle E. Renan, 1954, p. 9.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pascal Bancourt - Écrivain