L’origine des Guanches

Statues de Guanches de l’île de Tenerife

Qui sont les Guanches

L’archipel espagnol des Canaries, situé dans l’océan Atlantique au large des côtes du Maroc, est constitué de sept îles : Tenerife, Fuerteventura, Lanzarote, la Grande Canarie, La Palma, La Gomera et El Hierro. On appelle Guanches leurs anciens habitants. Leur nom dérive de Guanchinet, lui-même composé de deux mots de la langue indigène : Guan (homme) et Chinet (Tenerife). Cette appellation, applicable initialement aux premiers habitants de Tenerife, s’est ensuite étendue à tous les indigènes des sept îles.

Les premier observateurs normands, puis espagnols, qui accostèrent aux Canaries furent très étonnés d’y découvrir une population au genre de vie primitif, qui ignorait l’usage des métaux et des tissus et n’utilisait que des outils en pierre, mais qui paradoxalement possédait l’écriture, une législation élaborée et quelques connaissances en astronomie, et qui pratiquait une religion aux rituels compliqués.

Statues de Guanches à Fuenteventura

Ces insulaires ne communiquaient pas d’une île à l’autre car ils ne connaissaient pas la navigation. Les îles étaient gouvernées par des rois, princes ou capitaines, assistés par des conseillers. Elles vivaient en autarcie, avec leurs propres usages ; néanmoins, elles présentaient des similitudes dans leurs coutumes, leur forme de gouvernement, leur mode de vie et leurs langues, ce qui indique pour leurs populations une origine commune.

La conquête des iles Canaries se déroula entre 1402 et 1496. Les Espagnols, après s’être heurtés à de farouches résistances, accablèrent les Guanches d’atrocités et abolirent leurs structures sociales. Les aborigènes furent soit exterminés, soit réduits à l’esclavage ou, à défaut, soumis aux iniquités et à la discrimination des conquérants. À supposer que l’ethnie guanche n’ait pas disparue, elle fut assimilée, de façon plus ou moins contrainte, à la culture espagnole et se fondit peu à peu dans la société des colons. Quand les ethnologues commencèrent à s’intéresser aux Guanches, il était déjà tard, car il ne subsistait que peu de traces de leur culture.

La thèse de leur origine nord-africaine

Statue sur l’île de Tenerife

Bien des chercheurs se sont interrogés sur l’origine des Guanches. Ces peuples, que les premiers observateurs ont décrits comme ayant une belle stature, le teint clair, les cheveux souvent blonds et les yeux bleus, furent assimilés aux Berbères par leur apparence physique. Leurs dialectes, différents d’une île à l’autre, étaient également proches de la langue de ce peuple nord-africain.

En relevant bien d’autres similitudes entre les coutumes et la culture des aborigènes canariens et celles des peuples libyques et berbères, on en vint à conclure que les ancêtres des Guanches provenaient d’Afrique du Nord. Parmi les preuves de leur origine nord-africaine, on signale des restes d’écriture guanche, comme à Garafía ou à El Julán, identiques à d’autres inscriptions trouvées en Lybie et en Algérie, ainsi que des ressemblances dans les toponymes, le vocabulaire ou le système numérique de ces peuples. La génétique plaiderait également pour une origine berbère ; les tests réalisés sur des momies guanches établissent que leur ADN est étroitement lié à celui des Nord-Africains d’ascendance berbère.

On a supposé que ces premiers habitants des iles Canaries seraient arrivés sur ces terres au moyen d’embarcations rudimentaires, que les courants marins auraient entrainées vers le large depuis les côtes de l’Afrique.

La thèse de l’origine nord-africaine des Guanches soulève néanmoins des objections. Comment expliquer l’ignorance, en matière de navigation, de ces autochtones qui ne possédaient aucune embarcation et qui ne savaient même pas communiquer d’une île à l’autre ? Cette théorie supposerait également que des hommes et des femmes issus d’une civilisation élaborée, qui auraient débarqué sur ces îles avec leur équipement, voire en important des graines et des animaux domestiques, se seraient par la suite abâtardis au point d’avoir perdu non seulement toute connaissance en matière de navigation, mais tout souvenir relatif à leur origine.

En revanche, la mémoire collective des Guanches véhicule une tout autre explication quant à leur présence sur ces îles isolées du reste du monde.

La thèse de leur origine atlante

Des témoignages rapportent que ces premiers Canariens, qui se croyaient seuls au monde, disaient être les rescapés d’un gigantesque cataclysme qui, plusieurs millénaires auparavant, avait anéanti toute l’humanité.

La capitale de l’Atlantide selon Platon

Cette croyance recoupe l’hypothèse qui considère les îles des Açores, de Madère et des Canaries comme des vestiges d’une île beaucoup plus vaste, l’Atlantide, qui fut engloutie sous les eaux à la suite d’un cataclysme. Le témoignage le plus ancien au sujet de la mystérieuse Atlantide nous vient de Platon, qui en parle dans Timée et Critias, après avoir recueilli ses informations d’un prêtre égyptiens de Saïs par l’intermédiaire de Solon et de Critias. Un grand nombre de recherches menées au sujet de ce continent énigmatique ont donné lieu à de nombreuses publications qui, pour l’essentiel, reconnaissent sa réalité. Au XVIIIe siècle, José de Viera défendit avec cohérence la véracité de l’Atlantide en fonction des modèles scientifiques de son époque[1].

Les ressemblances et les points communs qu’on a constatés entre les anciennes civilisations de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Europe permettent de regarder l’Atlantide comme un foyer culturel qui, à son époque, aurait rayonné sur ces trois continents. Des auteurs ont relevé l’étrange parenté existant entre les Guanches des Canaries, les anciens Égyptiens et les Amérindiens. Certains sites funéraires attestent que les anciens habitants des Canaries ont pratiqué la momification. Comme au Pérou ou en Égypte ancienne, ils embaumaient quelques-uns de leurs morts ; le musée archéologique de Tenerife renferme une riche collection de leurs momies. La même île de Tenerife recèle à Güimar un site archéologique spectaculaire, avec plusieurs pyramides à degrés dont la structure, bien que de dimension plus modeste, rappelle celles du Pérou et de l’Amérique centrale. On remarque la perfection de leur forme, l’ajustement exact de leurs pierres et leur orientation Nord-Sud sur l’axe du solstice d’été.

L’une des pyramides à degrés sur le site de Güilmar, dans l’île de Tenerife

Plusieurs théoriciens ont affirmé que les Guanches descendraient des survivants de la catastrophe qui a englouti l’Atlantide. Dès le XVIIe siècle, le jésuite allemand Athanase Kircher émettait cette hypothèse, reprise au début du XIXe siècle par J.B.M. Bory de Saint Vincent[2].

Les quelques individus qui vivaient sur les hautes montagnes du continent atlante, devenues les îles Canaries après sa submersion, ont probablement pu échapper à sa destruction. Ces hommes devaient être pour la plupart des pâtres vivant dans les hauteurs, dépourvus d’instruction dans les arts et les sciences. Après la catastrophe qui les plongea dans la stupeur, les groupes de rescapés se retrouvèrent isolés, ayant perdu leurs repères ainsi que l’essentiel des connaissance qui avaient assuré à l’empire atlante tout son éclat. Il est toutefois remarquable que ces descendants de la très vieille civilisation atlante n’en aient pas perdu toutes les connaissances théoriques et techniques, ce qui suppose que des détenteurs de ce savoir aient également survécu au cataclysme.

Les migrations des Atlantes vers l’Est

On croit les Guanches originaires d’Afrique du Nord en raison des similitudes linguistiques et culturelles qu’on a relevées avec les peuples berbères, mais l’explication peut tout aussi bien se trouver dans le sens inverse. Les Atlantes, en effet, avaient fondé plusieurs colonies en dehors de leur île, dont la plus brillante donna naissance à l’Égypte. La civilisation des mégalithes sur la façade atlantique de l’Europe, ainsi que les populations berbères et libyques d’Afrique du Nord, comptent parmi d’autres résultats de leurs émigrations vers l’Est.

Albert Slosman[3] voit une preuve de la migration des Atlantes depuis la côte atlantique du Maroc jusqu’en Égypte dans le fait que les noms de lieux berbères, au Maroc et au Sahara, peuvent s’écrire en hiéroglyphes égyptiens. Marcelle Weissen-Szumlanska[4] a illustré la thèse selon laquelle des colonies venues de l’Atlantide se sont installées en Égypte en suivant la « route du Sahara », qui partait des côtes de l’Atlantique pour aboutir à la vallée du Nil. Au néolithique, le Sahara, loin d’être un désert, était un foyer de vie, couvert d’une riche végétation et abritant plusieurs civilisations ; la désertification se serait produite progressivement par la suite, à partir d’environ 5600 ans avant notre ère.

L’Afrique du Nord, espace de migrations des Atlantes jusqu’à la vallée du Nil

Ainsi que le souligne Michel Armengaud, si l’on admet que la première civilisation de l’Égypte tire son origine d’une colonisation atlante, il n’y a rien d’étonnant à ce que les migrations issues de ce continent aient marqué de leur passage leur itinéraire en Afrique du Nord. Le peuple Guanche se pose dès lors comme un relai digne d’intérêt entre ces deux foyers culturels[5].

Le 7 avril 2023.


[1] José de Viera y Clavijo, Noticias de la Historia general de las Islas Canarias (1792) – Ed. Serra S/C de Tenerife Goya, 1950.

[2] Athanase Kircher, Le monde souterrain, 1602-1680 ; J.M.B Bory de Saint Vincent, Essais sur les îles Fortunées et l’antique Atlantide ou précis de l’histoire générale de l’archipel des Canaries, Ed. Baudoin, Paris, 1804.

[3] Albert Slosman, Les survivants de l’Atlantide, Robert Laffont, Paris, 1978.

[4] Marcelle Weissen-Szumlanska, Origines atlantiques des anciens Égyptiens, Éditions des Champs-Élysées, Paris, 1965.

[5] Michel Armengaud, L’Atlantide, mythe ou réalité ?, Diffusion rosicrucienne, Le Tremblay, 2017.

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Pascal Bancourt - Écrivain